Comme le jeune abbé Guépin autrefois, nos prêtres ont trouvé dans les travaux théologiques de Monseigneur Guérard des Lauriers O.P. les principes d’une analyse adéquate et cohérente de la situation actuelle de l’autorité dans l’Eglise, dans cette crise sans précédent ouverte par Vatican II et la « nouvelle messe. » Cette analyse théologique s’articule autour de plusieurs aspects, que nous présentons succintement sur cette page.
Vatican II et le Novus Ordo Missae
Le Concile Vatican II a enseigné des doctrines qui avaient déjà été condamnées par l’Église et a édicté des disciplines contraires à l’enseignement et à la pratique constante de l’Église.
Erreurs doctrinales
Il y a quatre points principaux de la doctrine catholique contre lesquels Vatican II a introduit des erreurs: (1) l’unité de l’Église; (2) l’œcuménisme; (3) la liberté religieuse; (4) la collégialité.
Disciplines peccamineuses
Les erreurs de Vatican II ont été implémentées de façon universelle et systématique. Le Code de droit canonique de 1983 reprend l’hérésie de Vatican II concernant l’Église, mentionnée ci-dessus. Il autorise également le sacrilège envers le Saint-Sacrement, en approuvant la réception de la sainte communion par des non-catholiques, ce qui est un péché mortel. Il autorise également la communicatio in sacris (culte public commun) avec les non-catholiques, ce qui est un péché mortel. En outre, le Directoire œcuménique de 1993 impose des pratiques œcuméniques qui ont toujours été condamnées par l’Église comme un péché mortel. La facilité avec laquelle des centaines de milliers de déclarations de nullité de mariage sont accordées sans motif sérieux est une forme de « divorce catholique » déguisé, permise par les nouveautés du Code de 1983.
Liturgie protestantisée
La « nouvelle messe » de Paul VI, qui a remplacé la Messe catholique traditionnelle, contient des éléments empruntés au culte protestant. Il s’agit d’un rite novateur dans lequel la doctrine catholique sur la nature du Saint Sacrifice de la Messe telle qu’elle a été enseignée par le Concile de Trente a été systématiquement éliminée et remplacée par de fausses doctrines concernant la Messe, la Présence réelle et le sacerdoce.
Le Père Guérard des Lauriers O.P. est l’auteur principal du Bref Examen Critique, signé par les Cardinaux Ottaviani et Bacci, et remis à Paul VI, avant même que la nouvelle messe commence à être célébrée, demandant l’abrogation pure et simple de ce nouveau rite moderniste. Cette critique présentait déjà les problèmes essentiels inhérents à cette nouvelle liturgie.
« Le nouvel ORDO MISSAE, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente. »
Cardinaux Ottaviani et Bacci, Lettre à Paul VI, 3 septembre 1969.
Pour une étude approfondie et didactique des changements liturgiques introduits par Paul VI, se référer au livre de monsieur l’abbé Anthony Cekada, La Messe de Paul VI en question.
Pour les lecteurs avertis, il existe une étude théologique très poussée: Réflexion sur le Novus Ordo Missae, par Monseigneur Guérard des Lauriers O.P.
Tout ceci signifie que Vatican II et ses réformes ultérieures nous ont donné une nouvelle religion, une religion substantiellement différente de la religion catholique instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ. Les réformateurs ont considérablement modifié les trois composantes principales de la religion: la doctrine, le culte et la discipline. En conséquence, la religion que les catholiques trouvent dans leurs paroisses et leurs écoles, bien que catholiques de nom, est une nouvelle religion non catholique.
Quelques ressources supplémentaires sur les erreurs de Vatican II sont disponibles ici.
Le problème de l’Autorité
Un problème de conscience posé aux catholiques
L’autorité suprême de l’Église est infaillible lorsqu’elle définit une doctrine de foi et de morale. De plus, l’Église ne peut pas imposer universellement une doctrine pernicieuse dans son enseignement authentique et officiel. L’Église est infaillible dans sa discipline et sa liturgie, en ce sens que la discipline et la liturgie universelle de l’Église sont saintes et sanctifiantes et ne peuvent nuire à la foi et à la morale des fidèles. L’Église est également infaillible dans les canonisations solennelles des saints.
Quelques documents relatifs à ces questions d’infaillibilité et d’infectibilité de l’Eglise sont consultables ici et là.
Ce constat provoque une crise de conscience chez les catholiques. D’une part, en bons catholiques, ils doivent se soumettre avec une obéissance religieuse à l’autorité de l’Église. D’un autre côté, ils comprennent la nécessité de préserver la doctrine, le culte et la discipline traditionnels de l’Église. Cette crise oblige les catholiques à se pencher sur la question des « papes de Vatican II » dont l’autorité suprême aurait dû garantir l’orthodoxie desdites réformes.
Il est impossible pour un catholique de rejeter Vatican II, ou de rejeter la nouvelle messe de Paul VI en les attribuant à l’autorité de l’Eglise.
Le Père Guérard des Lauriers O.P., un des plus grands théologiens du XXe siècle, a analysé cette situation sans précédent et en a décrit les divers aspects dans ce qui est désormais connu sous le nom de « Thèse de Cassiciacum. » Il s’agit en effet de réconcilier les différentes exigences de l’indéfectibilité de l’Eglise dans cette crise terrible.
D’une part, il est impossible que l’Eglise, tant dans l’exercice de son autorité suprême, que dans son magistère ordinaire universel, enseigne l’erreur et l’hérésie, ou impose une discipline universelle peccamineuse ou un rite liturgique qui ne soit pas saint et sanctifiant.
« Si quelqu’un dit que les cérémonies, les vêtements et les signes extérieurs dont l’Église se sert dans la célébration de la messe sont plutôt des dérisions de l’impiété que des marques de piété: qu’il soit anathème . »
Concile de Trente, Session 22, Canon 7.
D’autre part, Jean XXIII, Paul VI, et leurs successeurs semblent avoir été dûment élus au souverain pontificat. Vatican II semble avoir été un concile œcuménique de l’Eglise, dûment confirmé par l’autorité du Souverain Pontife.
Différentes solutions théologiques ont été proposées
Comment réconcilier ces deux aspects? Quelle est la situation de l’autorité dans l’Eglise? Les solutions suivantes ont été proposées:
Les « papes de Vatican II » jouissent de l’autorité suprême de l’Église, et les catholiques sont obligés d’obéir et de se soumettre, tout en dénonçant quelque peu lesdites doctrines et réformes. C’est la position de groupes tels que la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre et l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.
Les « papes de Vatican II » jouissent de l’autorité suprême de l’Église, mais il faut résister et rejeter ouvertement lesdites doctrines et réformes, et exercer un apostolat non autorisé pour sauver les âmes. C’est la position de la Fraternité Saint-Pie X, connue sous le nom de position « Reconnaître et résister. »
Les « papes de Vatican II » n’ont pas l’autorité du Christ, ils ne sont pas de vrais papes et sont déjà juridiquement déposés. C’est la position du totalisme , ou du sédévacantisme complet.
Les « papes de Vatican II » n’ont pas l’autorité du Christ, ils ne sont pas de vrais papes, mais ce fait réel n’a pas encore été juridiquement établi et reconnu dans l’Église universelle. C’est la solution proposée par la Thèse de Cassiciacum.
Les deux premières solutions proposées, qui reconnaissent l’autorité des « papes de Vatican II, » ne sont pas des solutions acceptables
Ces solutions détruisent l’indéfectibilité de l’Église en lui attribuant toutes les doctrines et réformes non catholiques provenant de Vatican II. Cela oblige en outre soit à coopérer à ces doctrines et réformes non catholiques, soit à professer et à pratiquer une désobéissance ouverte au Pontife romain, ce qui est une attitude schismatique condamnée à plusieurs reprises par l’Église.
La troisième position (« sédévacantisme complet » ou « totalisme ») est-elle une solution viable ?
D’une part, cette troisième position est tout à fait correcte en niant l’autorité aux « papes de Vatican II, » préservant ainsi l’infaillibilité de l’Église en ne lui attribuant pas les abominations de Vatican II. Cette position est donc correcte dans sa partie essentielle. D’un autre côté, elle ne parvient pas à faire la distinction appropriée entre l’ordre réel et l’ordre juridique. La position « totaliste » est également incapable d’apporter une réponse théologique satisfaisante au problème de la succession apostolique perpétuelle du Siège romain, exigée par l’indéfectibilité de l’Église et enseignée par le Concile du Vatican de 1870 (Constitution dogmatique Pastor Aeternus).
La solution proposée par le Père Guérard des Lauriers O.P.
La Thèse de Cassiciacum n’attribue pas à l’autorité de l’Église les abominations de Vatican II, ne contredisant donc pas l’infaillibilité de l’Église à cet égard.
En même temps, même si les « pontificats de Vatican II » sont nuls en réalité, cette nullité n’a pas encore été juridiquement établie et déclarée par une autorité compétente dans l’Église. Par conséquent, même si le Siège romain est en fait vacant, c’est-à-dire que ceux qu’il l’ont occupé depuis Vatican II n’étaient pas et ne sont pas de vrais papes, ils conservent néanmoins une désignation légale de papes, jusqu’à ce qu’elle leur soit canoniquement retirée. Cette distinction entre l’ordre réel (de facto) et l’ordre juridique (de jure) permet à la Thèse d’apporter une solution logique au problème de la succession apostolique perpétuelle du Siège romain, exigée par l’indéfectibilité de l’Église.
En effet, on pourrait, pour simplifier, reprocher aux modernistes « conservateurs » de sacrifier l’indéfectibilité de la foi sous prétexte de sauvegarder l’indéfectibilité de la succession apostolique. Aux sédévacantistes complets, on pourrait faire le reproche opposé: sacrifier et faire entièrement abstraction de l’indéfectibilité de la succession apostolique au nom de l’indéfectibilité de la foi. Quant à la position « Reconnaître et Résister » (de la FSSPX, entre autres), on pourrait, pour simplifier, dire qu’elle sacrifie à moitié l’une et à moitié l’autre au nom de l’indéfectibilité des sacrements (la Messe en Latin à tout prix, sans aucune consistence théologique). Or ces différents aspects de l’indéfectibilité de l’Eglise doivent tous être sauvegardés. On ne peut pas garder seulement un de ces aspects, pour en abandonner un autre. Tous ces aspects de l’indéfectibilité de l’Eglise doivent nécessairement pouvoir être harmonisés. C’est le nœud gordien que résolut le Père Guérard des Lauriers O.P.
Plusieurs « disciples du Père Guérard », photo d’époque.
C’est cette explication théologique du Père Guérard des Lauriers O.P. qui avait convaincu monsieur l’abbé Guépin et un certain nombre de prêtres, de séminaristes et de catholiques dès les premiers temps de la « Tradition » et de la résistance à Vatican II, et c’est cette même position théologique qui est tenue par notre clergé aujourd’hui encore.
Pour la petite histoire, monsieur l’abbé Sanborn est venu rencontrer les prêtres français et italiens en 1986 spécifiquement pour comprendre davantage la Thèse de Cassiciacum, alors encore assez inconnue aux Etats-Unis. Ici avec monsieur l’abbé Guépin à Notre-Dame des Dons.
Pour ce motif, nous rejetons et dénonçons catégoriquement toute dérive « conclaviste » comme contraire aux règles du droit, à l’enseignement des canonistes et des théologiens approuvés (et en particulier contraire à l’enseignement de St Robert Bellarmin), contredit par la pratique et l’enseignement de l’Eglise (en particulier le Concile de Constance).
En apprendre plus sur la Thèse de Cassiciacum en cliquant ici.
Le problème de l’UNA CUM
Le Père Guérard des Lauriers, en publiant pour la première fois (1979) son analyse théologique de la situation de l’autorité dans l’Eglise, le faisait avec le sous-titre « Lex orandi, lex credendi, » principe évocateur d’un problème pratique: fallait-il mentionner le nom de Paul VI au canon de la Messe?
Le savant théologien répondait par la négative à ce grave problème. Mentionner le nom de Paul VI (ou de François/Bergoglio aujourd’hui) au canon de la Messe serait un mensonge sacrilège et une participation au « schisme capital » (c’est-à-dire le schisme de celui qui devrait être pape mais ne l’est pas) de Paul VI.
C’est en raison de ses positions sur la situation actuelle de l’autorité dans l’Eglise, et ses conclusions relatives au problème de l’una cum que le Père Guérard des Lauriers O.P. fut renvoyé du séminaire d’Ecône où il enseignait depuis quelques années (il avait auparavant été renvoyé de son poste, bien plus prestigieux, de professeur à l’Université du Latran, à Rome, en raison de sa participation au travail du Bref Examen Critique).
En apprendre davantage sur la rupture entre le Père Guérard des Lauriers O.P. et Monseigneur Lefèbvre en cliquant ici.
De façon semblable, c’est en raison de ses convictions profondes sur cette grave question de l’una cum que monsieur l’abbé Philippe Guépin, avec son confrère monsieur l’abbé Hervé Belmont, fut renvoyé de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X par Monseigneur Lefèbvre lui-même.
Monsieur l’abbé Guépin garda toute sa vie un grand respect et une grande estime pour Monseigneur Lefèbvre, dont il fut un temps le chauffeur et le confident (écouter son témoignage ici), mais il ne pouvait se résoudre à entâcher la sainte Messe du nom impie de Jean-Paul II.
C’est cette question, en effet, qui nous sépare le plus, dans l’ordre pratique, de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.
Célébrer la Messe « una cum » Bergoglio, c’est-à-dire en union avec lui, c’est le reconnaître, dans l’acte le plus solennel et le plus saint de notre religion catholique, comme le vicaire de Notre Seigneur Jésus-Christ, la règle de notre foi, et le centre de l’unité de l’Eglise. C’est implicitement reconnaître la légitimité de tout ce que les « papes de Vatican II » ont enseigné et promulgué. C’est être en communion avec eux, et professer que Notre Seigneur Lui-même est « un avec » eux.
« La commémoraison du Pontife romain pendant la Messe, ainsi que les prières faites pour lui pendant le Sacrifice sont considérées comme étant, et sont un signe déclaratif certain par lequel le même Pontife est reconnu comme tête de l’Église, le vicaire du Christ et le successeur de saint Pierre, et devient une profession d’un esprit et d’une volonté adhérents fermement à l’unité catholique… Cette commémoraison est la plus haute et la plus honorable forme de communion.«
Benoit XIV, De Sacrosancto Missæ Sacrificio, Appendix XVI ad Lib. II, §12.
Mgr Sanborn a également écrit un article à ce sujet, traduit en français ici.
Comme les chouans et les vendéens qui refusaient de recevoir les sacrements administrés par les prêtres jureurs et assermentés au gouvernement révolutionnaire, et comme le Pape Pie VI confirma effectivement l’importance de ce combat, de même nous soutenons aujourd’hui l’importance d’offrir le Saint Sacrifice de la Messe pur de toute mention des faux pasteurs de Vatican II, qui imposent continuellement l’hérésie et le blasphème, et qui participent régulièrement aux rites hérétiques et païens.
Les sacres sans mandat
Pour assurer la pérennité du sacerdoce, le problème de l’épiscopat se posa rapidement à tous ceux qui rejetaient les nouveautés de Vatican II et les nouveaux sacrements. Les nouveaux rites d’ordination sacerdotale et de consécration épiscopale ne remplissent plus les exigences définies par le Pape Pie XII (Constitution Apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947) et doivent donc à toutes fins pratiques être considérés comme invalides.
Cette triste situation, et l’impossibilité de recourir à un véritable Pape, successeur légitime de saint Pierre, poussèrent le Père Guérard des Lauriers O.P. à étudier théologiquement la possibilité de procéder à des consécrations épiscopales sans le mandat pontifical normalement exigé par le Droit Canonique. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, le Père Guérard fut un véritable pionnier. Il accepta lui-même la consécration épiscopale le 7 mai 1981, pour assurer la pérennité du sacerdoce catholique.
Nous bénéficions encore aujourd’hui des fruits de cette consécration, puisque Monseigneur Guérard des Lauriers O.P. consacra Monseigneur McKenna O.P., qui à son tour consacra Monseigneur Stuyvert (IMBC), et Monseigneur Sanborn (ICR), lequel ordonna les abbés Dutertre, de La Chanonie, et Orasch, qui desservent aujourd’hui nos centres de Messe.
Au sujet de la question des sacres sans mandat, retrouvez la « Lettre pour éclairer les fidèles » de l’abbé Guépin, datée du 11 février 2020.
Retrouvez également les réponses apportées par l’abbé Ricossa aux objections antérieures de l’abbé Belmont, ici et là.
L’abbé Belmont, Mgr Guérard des Lauriers et l’abbé Guépin
« Considérons le cas du R. P. Guérard des Lauriers, son intelligence supérieure (docteur en théologie, en philosophie et en mathématiques), son amour de l’Église, sa piété qui nous édifiait au séminaire d’Écône. En prenant la décision de se faire sacrer évêque (7 mai 1981) pour la sauvegarde du sacerdoce catholique, il avait l’intention de rester dans l’unité de l’Église malgré l’absence de mandat exprès du pape, inaccessible en raison de la vacance du Saint-Siège. Et c’est la raison pour laquelle il a signé cette admirable profession de Foi et de fidélité à la Sainte Église: « Aussitôt que l’Autorité légitime sera rétablie, je déposerai mon sacre aux pieds du Successeur de Pierre. » «
Abbé Philippe Guépin, Lettre pour éclairer les fidèles, 11 février 2020.
La restauration de la liturgie traditionelle
Au delà de la Messe traditionelle et du Canon romain, les catholiques qui rejetèrent Vatican II et la « nouvelle messe » se retrouvèrent bientôt confrontés à une évidence: la commission liturgique qui avait fabriqué la « nouvelle messe » de toutes pièces, et son chef Annibale Bunigni (dénoncé comme étant franc-maçon), avait déjà altéré les rubriques du Missel et du Bréviaire. Quelques changements furent implémentés par le Pape Pie XII lui-même. Ces modifications ne compromettaient pas la Foi, mais dans l’intention de ces funestes architectes elles étaient déjà des fondations posées pour les réformes ultérieures. Dans l’esprit de Pie XII, ainsi qu’il le dit lui-même dans ses Actes, elles n’étaient que des réformes provisoires, appelées à être bientôt remplacées par des réformes plus profondes, qui exigeraient une nouvelle publication du Missel et du Bréviaire romain: ce qui fut fait en 1962.
Ce qu’on appelle désormais le « Missel et le Bréviaire de Jean XXIII » devint de fait la loi liturgique observée dans l’Eglise toute entière, avant d’être à nouveau supplantée par de nouvelles réformes introduites par Paul VI (avant même la promulgation du novus ordo missae). Ce qui restait de la Messe traditionnelle, au gré de ces changements liturgiques, fut le plus proche possible de la nouvelle messe sans être la nouvelle messe. Le but avait été, clairement, de préparer les mentalités à accepter le nouveau rite liturgique de 1969.
Dans les milieux de résistance à Vatican II et à la nouvelle messe, il n’y avait pas de consensus. A Ecône, au début, les célébrations liturgiques prenaient en compte les modifications apportées par Paul VI. Ailleurs, on commençait à reprendre le « Missel et le Bréviaire de Jean XXIII » voire le « Missel et Bréviaire de Saint Pie X » (avec ou sans la modification des rubriques apportée par Pie XII).
La difficulté était de concilier deux problèmes: (1) toutes ces réformes avaient servi, de fait, d’étapes intermédiaires à la messe de Paul VI; (2) les lois liturgiques sont, de soi, obligatoires.
Comme le disait Monseigneur Guérard des Lauriers, il n’y a pas de solution canoniquement parfaite dans notre situation. Suivre les dernières réformes de Paul VI est évidemment s’approcher dangereusement du nouveau rite moderniste. Utiliser les livres liturgiques de Jean XXIII est déjà s’en approcher, et c’est reconnaître d’une façon spéciale son autorité pontificale (or nous considérons Pie XII comme étant le dernier Pape certain). Il nous semble plus conforme aux principes catholiques de retourner au Missel et Bréviaire de Saint Pie X, qui sont antérieurs à ces réformes, et en ceci monsieur l’abbé Guépin était du même avis.
Vient ensuite la question de savoir si l’on doit retourner aux dernières modifications de cette liturgie de Saint Pie X, introduites par le Pape Pie XII, ou bien si l’on doit retourner aux rubriques antérieures à tout changement introduit par la Commission liturgique qui a produit la nouvelle messe.
Monsieur l’abbé Guépin opta pour la première alternative, en suivant comme principe l’adoption des dernières lois liturgiques du dernier Pape certain de l’Eglise (à savoir Pie XII). Nous respectons ce choix, et en comprenons le raisonnement. Il nous semble plus logique, cependant, de retourner aux rubriques telles qu’elles existaient avant le travail de cette funeste commission liturgique, d’autant plus que les modifications de Pie XII n’étaient plus, de fait, la loi liturgique observée dans l’Eglise, et d’autant plus que, tant que nous demeurons orphelins d’autorité, il est impossible d’obtenir l’unanimité des catholiques sur la date exacte à partir de laquelle on devrait ou on ne devrait plus observer les lois liturgiques successives émanant du Saint Siège dans cette période troublée qui mena à Vatican II.
A ceux qui disent que ne pas suivre les rubriques de Pie XII constitue un péché grave de désobéissance, nous répondons, ad hominem, que dans ce cas l’Eglise entière aurait commis un péché grave (ce qui est impossible) en abandonnant non seulement les rubriques de Pie XII, mais même les livres liturgiques de Saint Pie X (ce que les rubriques de Pie XII conservaient) pour les remplacer par le Missel et le Bréviaire de Jean XXIII. Nous répondons également à ceux qui nous font cette objection au nom de « l’obéissance au dernier Pape » mais qui n’ont aucun scrupule à assister ou à encourager l’assistance aux célébrations conformes aux livres liturgiques de Jean XXIII, qu’ils ne sont pas cohérents avec leurs propres principes. Jean XXIII ne s’est pas contenté, en effet, de simples modifications des rubriques, mais a promulgué un nouveau Missel, un nouveau Bréviaire, et un nouveau Pontifical, utilisés largement dans le « monde traditionnaliste » (et le bréviaire de Jean XXIII fut une réforme particulièrement drastique).
Vous pouvez trouver un résumé de notre position sur cette question ici.
Monsieur l’abbé Guépin, radieux, accueillant Mgr Dolan (1999). En y regardant de près, on retrouve les (alors) abbés Sanborn et Selway…
En ce qui concerne monsieur l’abbé Guépin, bien qu’ayant une opinion différente de la nôtre sur ce point, il ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’un prêtre (ou un évêque, comme ce fut le cas de Monseigneur Dolan ou de Monseigneur Sanborn, à de nombreuses reprises) administre les sacrements dans ses chapelles selon les rubriques antérieures aux modifications apportées par Pie XII. Monsieur l’abbé Guépin savait très bien ce que monsieur l’abbé de La Chanonie pensait (et ferait à l’avenir) à ce sujet.
Tout en témoignant beaucoup d’estime et de respect pour monsieur l’abbé Guépin, nos prêtres pensent donc pouvoir différer de lui sur cette question légitimement disputée. Tous les offices célébrés dans nos chapelles suivent désormais les rubriques de la liturgie de Saint Pie X, pure de toute altération produite par la commission liturgique qui conduisit à la nouvelle messe. Ceci se manifeste particulièrement lors de la Semaine Sainte, dont les rites pourtant multi-séculaires furent le plus drastiquement émondés par cette commission.